« Voici les 10 coups de cœur que je propose pour que chacun trouve livre à son pied »



Dans l’ordre utilisé pendant l’émission…

MAmkoullel l enfant peulali

Mon initiation africaine a commencé, alors qu’Amadou Hampâté Bâ était encore de ce monde, Amkoullel l’enfant peul. Première incursion dans un monde à lire et à entendre, un monde de conteurs, son Afrique était joyeuse et sans complexe, envoûtante et magique, très loin de ce que m’en racontait les journaux de l’époque. La grâce de son écriture, la profondeur de ses propos, la subtilité, la tendresse qui jaillit au détour de ces 450 pages, un bonheur inaltérable et sans égal. « Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. » nous dit Hampâté Bâ, c’est tout dire. On le trouve chez Acte Sud, Babel ou J’ai lu.

 

 

 

 

 


thumb-small_lobe_140x210_103Cameroun

Autre pays, autre voyage, Max Lobe nous offre Confidences son dernier roman publié en Suisse chez ZOE. Roman à hauteur d’homme ou de femme a dit un critique. Je ne sais pas trop ce qu’il entendait, mais en écoutant Mâ Maligra me raconter son histoire qui témoigne de l’Histoire avec un grand H, j’ai admiré la chaleur humaine qui se dégage de cette vieille femme drôle et volubile. Son langage fleuri et plein d’humour, son goût prononcé pour le vin de palme nous font presque oublier ce qu’elle a vécu dans sa chair : le fouet, la torture, la résistance contre la puissance coloniale. À l’opposé, les chapitres où l’auteur, qui a émigré en Suisse, prend la parole sont d’une sobriété et d’une économie telles que le contraste laisse entrevoir que tout ceci n’est pas si simple. Il s’interroge sur son identité d’immigrant et son rapport à sa terre d’origine.

 

 

 

 


112509_couverture_Hres_0(1)Congo

Petit Piment, Alain Mabanckou, le Seuil, France. Encore un autre pays, encore une autre histoire. Petit Piment de son vrai nom « Rendons grâce à Dieu, le Moise noir est né sur la terre des ancêtres », a été placé à la naissance dans une institution religieuse, que le socialisme va transformer en machine à former de bons petits sujets. Des personnages hauts en couleurs, Papa Mapelo, maman Fiat 500, tendres : Bonaventure qui attend qu’un avion atterrisse pour le sauver de l’orphelinat. Petit Piment, lui, s’enfuit de cet orphelinat. Il vagabonde, grandit, résiste jusqu’à perdre l’espoir, la tête et tous les compléments circonstanciels. Tout un pan de l’histoire du Congo et de sa rivalité avec le Zaïre nous est dévoilé par Mabanckou qui nous embarque dans ce conte savoureux et cocasse, sans jamais nous laisser débarquer jusqu’au dernier mot.

 

 

 


product_9782070573110_244x0Côte d’Ivoire, publié en France

Aya de Yopougon de Marguerite Abouet, la bande dessinée du mois. Des personnages savoureux, des filles qui vont danser au « Ça va chauffer » le soir en cachette, un père éméché qui compte les pieds de ses dix enfants qui dorment, pour être bien sûr qu’ils sont tous là, l’hôtel des mille étoiles. Ça vibre, ça vit, ça rit. Et au milieu de toute cette effervescence, Aya, le rationnel faite femme, qui fait irruption dans la vie quotidienne de ce petit monde assez déjanté. Rafraichissant, tonique.

 

 

 

 

 


ACH003764118.1445658968.320x320Québec, Canada

Les maisons de Fanny Britt, éditions Cheval d’août.
Qui eut cru qu’agent immobilier pouvait être un métier passionnant ? Page 12 :
Le 31 des Groseillers, c’est un divorce. Il l’a trompée. Elle préfère la banlieue.
Au 7678 Drolet, la dame a toujours pensé qu’elle s’offrirait une retraite dorée à Sutton, avec les profits de la vente. Son fils l’a poussée à réhypothéquer trois fois ; elle ne l’avait pas prévu.
J’ai bien cru que j’allais devenir aussi cynique que Tessa l’héroïne agente immobilière. Mais c’était sans compter le talent de Fanny Britt. Tessa est touchante, tendre, super casse-pieds avec ses allers-retours permanents, un peu crue, drôle. Après le deuxième chapitre, plus moyen de lâcher ce fichu livre. Britt m’a promenée avec brio dans tout un tas d’histoires de la vie quotidienne de Tessa jusqu’aux contours de son passé comme l’annonce la quatrième de couverture.

 

Ce livre est disponible au catalogue de la Bibliothèque des Amériques  cliquez ici   Bibliotheque des Ameriques


thumb-small_wagamese_140x210_107L’Ouest Canadien, version technicolor, c’est la traduction du mois

Les étoiles s’éteignent à l’aube, de l’écrivain autochtone du Canada de l’ouest, Richard Wagamese et traduit de l’anglais par Christine Raguet.
C’est le premier de ses romans à être traduit en français, il a été publié en Suisse chez ZOE, il fallait y penser.
Eldon le père, Franklin le fils. Le père a abandonné le fils, qui vit avec son grand-père, Eldon va mourir et veut être enterré comme un guerrier par son fils. C’est la rencontre sur le tard, juste avant qu’il soit trop tard, du père et du fils.
La misère, les mauvais choix du père, la sagesse tranquille du fils de 16 ans, une nature luxuriante, une langue poétique. Un monde sauvage à la mesure d’un Jim Harrison. Ce texte respire comme les immensités de l’ouest canadien.

 

 

 

 


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France

Claude Duneton, on ne le présente plus. Ce grand homme de lettres doté d’une tendresse et d’un mordant qui n’appartenaient qu’à lui, nous régale avec ce Petit dictionnaire du français familier. Plus besoin de prendre de pilules pour la déprime, ou contre l’angoisse. Deux mots avant de se coucher et vous vous endormez comme un bébé.
Enfant : gosse, gamin, môme, mouflet, morpion, loupiot, moutard, lardon, gniard, flo (c’est québécois nous dit Claude Duneton). Évidemment tout ceci est accompagné de définitions précises. Moi j’aurais rajouté un chiard.

 

 

 

 


product_9782070148707_195x320France, Pour la plage cet été

Le Polar du mois : Or Noir. Dominique Manotti nous entraine dans la turbulente histoire du Marseille des années 70. À cette époque Marseille avait une très mauvaise réputation – c’était la ville la plus corrompue de France, si on oublie la Corse évidemment. Une page d’histoire passionnante, Dominique Manotti est une spécialiste. Un roman bien cuisiné, d’une facture assez classique, avec un rythme enlevé, juste ce qu’il faut. On y trouve même la recette de la ratatouille, et celle de la soupe à l’oignon made in le commissaire Daquin. Il fallait oser. Notre très jeune commissaire parisien est parachuté à Marseille, dans ce panier de crabes où il se fait pincer régulièrement. Et dans ses moments perdus il trouve même le temps de cuisiner pour ses amants. C’est délicieux, et la recette prend, il avance dans son enquête et en vient à résoudre son crime après nous avoir entrainés dans les dédales d’un monde des affaires de haute volée, de Marseille à Nice, avec des personnages archi corrompus à tous les étages.

 

 

 


Marjorie Chalifoux

Ottawa, Ontario

Un coup de cœur inattendu : Marjorie Chalifoux de Véronique Marie Kaye aux éditions Prise de Parole, un pur bijou. Marjorie Chalifoux, jeune couturière de 19 ans, mène une vie rangée à l’ombre d’un père irascible. Et puis, elle se retrouve enceinte d’un amoureux, qui a l’idée saugrenue de mourir dans un accident. C’est sur la 4e de couv. Alors, c’est la course au mari qui commence, parce qu’on est à Ottawa au milieu du siècle dernier, et ça ne se fait pas une fille mère. Soporifique ?
Et bien pas du tout. C’est une merveille d’écriture, pas un mot de trop. Marjorie est tout sauf ce qu’on attend d’elle. Elle nous entraine dans les plaisir de la chair, elle côtoie des personnages qu’on a envie de rencontrer ici et maintenant. Son extrême simplicité nous touche en plein dans le mille. Ce roman qui rend euphorique est l’équivalent de l’absorption d’une bouteille de champagne, sans les effets secondaires. Et dans ma tête une surproduction d’oxymores, car ici les opposés font très bon ménage.

 

Ce livre est disponible au catalogue de la Bibliothèque des Amériques  cliquez ici    Bibliotheque des Ameriques

 

 


en-attendant-bojangles-223x330France

Le dernier : On l’a comparé à L’écume des jours de Boris Vian, moi ça me fait plutôt penser à Mon bel oranger de Vasconcelos, ou La vie devant soi d’Ajar. Premier roman de Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles aux éditions Finitude. C’est l’amour absolu, à la vie à la mort, la folie, la tendresse. Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur Mr Bojangles de Nina Simone. La mère donne le rythme, elle les entraine dans toutes leurs extravagances, le père l’aime d’un amour fou. Le fils apprend à mentir, à l’endroit à la maison et à l’envers à l’école, car on ne veut pas le croire quand il raconte. C’est enivrant, enlevé, d’une grave légèreté ou d’une gravité légère. Oxymores, oxymores, encore.

 

 

 

 

 


Amkoullel l’enfant peul de Amadou Hampâté Bâ, Babélio ou J’ai lu (Mali)

Aya de Yopougon de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, Gallimard (coup de cœur festival de la BD Toronto)

Confidences de Max Lobe, ZOE Suisse

En attendant Bojangles de Olivier Bourdeaut, Finitude

Les étoiles s’éteignent à l’aube de Richard Wagamese, ZOE Suisse (traduction, coup de cœur salon de Genève)

Les maisons de Fanny Britt, Cheval d’août (Québec)

Marjorie Chalifoux de Véronique-Marie Kaye, Prise de Parole

Or noir de Dominique Manotti (série noire Gallimard)

Petit dictionnaire du français familier de Claude Duneton, Points (Paris)

Petit Piment de Alain Mabanckou, Seuil

 

À noter : tous les titres sont disponibles à la librairie Mosaïque de Toronto