Aau-commencement-du-7e-jouru commencement du 7e jour, Luc Lang, Stock.

Trois livres pour le prix d’un seul, et contrairement à ce que le titre pourrait laisser entendre, il ne s’agit pas d’une ballade de tout repos.

Au commencement du Livre n°1, j’ai tout simplement détesté les phrases trop courtes, l’impression de ne pas avoir le temps de respirer, le contraire du repos dominical. Je n’aimais pas ce personnage principal, Thomas, facebookien de première qui est cliché au possible. Nous sommes à Paris dans une banlieue riche, rien que des poncifs. Et puis très vite, il se passe quelque chose, et Lang nous entraine dans une autre dimension, l’agacement fait place au désir de continuer, d’en savoir plus, d’aller plus loin. C’est vraiment l’appétit qui vient en mangeant. Un accident se produit, et on ne sait plus où on en est, comme Thomas d’ailleurs dont la brillance plate commence à se déliter. Une espèce d’enquête voit le jour, pleine de contrejours et de blanc, ce roman est très elliptique, bourré de secrets qui se découvrent comme des poupées russes. J’ai été prise, je me suis fondue dans cette quête comme une abeille dans un pot de miel.

Au commencement du livre n°2, le ton change,  on se retrouve dans les Pyrénées, les phrases se détendent et s’étendent, le temps prend son temps en même temps que  les temps des verbes nous permettent de respirer sans saccades. On rencontre le frère de Thomas, autre personnage, autre secret, et petit à petit, le monde de Thomas part en vrille, en mille morceaux, les certitudes tombent les unes après les autres, sables mouvants, et la remise en question est présente à toutes les pages.

Au commencement du Livre n°3, on part en Afrique, au Cameroun, pour retrouver la sœur de Thomas. De limpidité il n’y aura pas, car tout est compliqué. Pour arriver jusqu’à sa sœur Thomas va faire un véritable parcours du combattant à l’image de ce qui se passe dans sa vie, dans son esprit où il n’y a plus aucune place pour l’ordre établi.

De cette destruction massive de l’être va naitre un homme plus fragile et plus fort, plus vrai, un humain comme vous et moi.

Ce livre en trois parties nous fait vivre une véritable transformation, car ce personnage évolue au fil des pages, au rythme des tomes. La vitesse se réduit petit à petit, de lieu en lieu, pour faire place à une toile plus complexe, jusqu’à atteindre une certaine plénitude. Un livre bouleversant à bien des égards.

 

la-noce-d-annaLa noce d’Anna, Nathacha Appanah, Folio

Anna se marie et sa mère se souvient des toutes les années qu’elles ont partagées jusqu’à ce grand jour. Elles sont si différentes l’une de l’autre qu’on dirait deux mondes qui ne se rencontreront jamais. La fille est carrée, pleine de certitudes, avec une vie réglée comme du papier à musique. La mère est fragile, tendre, émouvante et candide, avec une force intérieure qui lui permet d’avancer contre vents et marées quelles que soient les circonstances. Elle est complètement décalée et s’interroge sur son rôle de mère, une mère indigne pense t-elle. Ce livre nous replace dans notre condition de parent où la plupart du temps on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a. Ce texte poétique est une ode à la maternité à l’envers et à l’amour inconditionnel où la perfection n’est même pas envisageable. C’est le roman d’amour d’une mère pour sa fille. Tendre sans être mièvre, chaleureux, drôle et léger, ce roman est bourré de petits détails qui nous échappent la plupart du temps, d’anecdotes auxquelles on fait rarement attention, mais qui donnent lui donnent son humanité, sa profondeur, sa richesse. Un roman très tendre à offrir à toutes les mamans, celles qui se posent des questions et celles qui ne s’en posent pas, et aussi à tous les autres parce qu’il est grand temps qu’ils nous regardent autrement.

 

 

deterrer-les-osDéterrer les os, Fanie Demeule, Hamac

Le sujet est dur pour ne pas dire déchirant, mais l’écriture épurée et précise nous conduit dans les méandres de cette relation impossible qui oscille entre la haine et le dédain, entre le corps et la bouche de l’héroïne.

« Quand est-ce qu’on sait quand c’est fini ? » nous annonce la quatrième de couverture. Cette jeune fille souffre avec pudeur et distance, détachée et elle nous touche là où ça fait mal. Le style est remarquablement maitrisé, pur, évident pour ce premier roman d’une toute jeune romancière bourrée de talent. Des paragraphes courts, elliptiques comme la machine à torture que l’héroïne utilise au Gym pour mater ce corps tant détesté. Une plume rare, voici une auteure à surveiller de près.

 

disponible au catalogue de la Bibliothèque des Amériques :Bibliotheque des Ameriques

 

 

 

 

cvt_le-fil-des-souvenirs_7264Le fil des souvenirs, Victoria Hislop, Livre de poche.

C’est une saga un petit peu cousue de fil blanc, mais il n’empêche que c’est le seul roman à nous donner une vue d’ensemble sur l’histoire de la ville mythique de Thessalonique en Grèce entre 1917 et nos jours ou à peu près. L’histoire de Salonique est unique en son genre, et peu la connaissent. Ville cosmopolite, riche, moderne, joyeuse, il fait bon vivre à Salonique jusqu’à ce qu’elle soit ravagée par un énorme incendie qui marque le tournant de son histoire en 1917. Des milliers de familles ont tout perdu et rien ne sera plus jamais pareil. Cette ville si progressiste et qui vit dans une parfaite mixité religieuse va tout perdre. On suit trois familles, et surtout trois enfants, vivant dans une rue assez pauvre de la ville. La Rue Irini est à l’image de cette société qui comptait un tiers de juifs, un tiers de musulmans et un tiers de chrétiens orthodoxes jusqu’à ce que l’Histoire s’en mêle. Le destin de Salonique est implacable, et son avenir à partir de 1917 très compromis. Victoria Hislop sait de quoi elle parle et elle en parle très bien, son roman est historiquement imbattable. On sent réellement la ville vibrer sous sa plume, ses personnages aussi. Un livre qui vaut le détour.

 

 

 

boreal-compact-anne-hebertAnne Hébert, Boréal Compact

Héloïse,

Est-ce que je te dérange ?

Aurélien, Clara, Mademoiselle et le lieutenant anglais

2016 marque le centième anniversaire de la naissance d’Anne Hébert, une auteure grande pointure qui reçut le prix Fémina en 1982 pour Les Fous de Bassan.

 

Trois petits romans, qui se lisent d’une seule traite. Une construction méticuleuse est ce qui fait qu’on reconnaît un roman d’Anne Hébert. De plus, elle vous mène par le bout du nous. Il y a toujours des surprises. Ces trois romans sont tous bons, tendres et lyriques à la fois. Je suis sûre que si j’en avais reçu d’autres, j’aurais eu exactement la même impression. D’ailleurs je vais me les procurer au plus vite. Je dirais qu’il faudrait toujours avoir un petit Anne Hébert pour les jours où on ne se sent pas trop bien. C’est prenant, c’est juste, simple, mais avec une bonne dose de complexité dans les personnages. Son écriture n’a pas pris une ride, elle est intemporelle et presqu’éternelle. Cela explique sans doute pourquoi on continue de la lire avec toujours plus d’engouement ce qui est assez rare, de la littérature qui dure.